Dy Oxis

Difficile de trouver sur Internet des photos de Dy Oxis en train de jouer : c’est normal, ce DJ préfère mettre sa passion pour la techno en avant plutôt que sa propre image. Avant son passage au BarBar Pub le 27 décembre, rencontre avec un artiste sulfureux et singulier, pour qui la musique passe avant tout le reste.

Comment est née ta passion pour la musique électronique ?

Houla, cette question ne me rajeunit pas, haha ! C’est lors de mon adolescence, pendant laquelle j’ai été bercé à la new wave, que j’ai commencé à me prendre de passion pour les sonorités synthétiques. Lors de cette période, et dans un autre genre, j’ai découvert le groupe Kraftwerk qui m’a littéralement scotché ! Tous ces sons électroniques, à l’époque, c’était vraiment du jamais entendu.

A la fin de ma période new wave, j’ai découvert la house music, puis l’acid house. C’est à cette même époque que j’ai découvert la techno, et que j’ai été happé par ses percussions, ses rythmiques et ses sons électroniques.
J’habitais le Nord de la France, la Belgique et ses clubs se trouvaient à proximité. Il y avait un énorme engouement pour cette musique, pour l’énergie qu’elle dégageait, pour l’envie de bouger qu’elle donnait.
C’était très inventif, notamment dans l’utilisation des boîtes à rythme. Avec très peu de matière, certains artistes composaient des morceaux à tomber. Beaucoup sont devenus des références.

Les influences étaient différentes, que la techno vienne de Belgique, d’Allemagne, d’Angleterre ou des Etats-Unis, et chaque pays avait son propre style immédiatement reconnaissable. Il y avait une créativité énorme.

Ce mouvement techno a vu naître une communauté, et a lancé une autre manière de faire la fête, en s’affranchissant du modèle club, avec l’émergence des raves, ses jeux de piste ou infolines, ses lieux de fête improbables, j’ai eu la chance de vivre ça !

Ma passion pour la musique électronique vient de là, de ce phénomène techno dont j’ai pu suivre l’évolution au fur et à mesure des années, et qui à mes yeux reste un genre qui réussit à se renouveler.
C’est également à cette période que quelques amis se sont mis à mixer et à composer ; c’était le balbutiement de la musique assistée par ordinateur.
J’ai moi même investi dans des platines et me suis mis au mix, d’abord et avant tout pour me faire plaisir, puis pour jouer pour les copains. J’ai eu par la suite l’opportunité de rencontrer des personnes qui m’ont accordé leur confiance et qui ont apprécié mon travail, que ce soit dans le milieu de la nuit ou associatif, et qui m’ont permis de m’exprimer devant une audience plus large.

Ta définition de la techno ?

Je dirais que c’est un genre musical qui s’affranchit des barrières de générations, et qui rassemble les gens, peu importe leur classe sociale ou condition, autour d’une envie commune de partager un moment de plaisir, de « taper du pied » ensemble.
La techno, c’est souvent un voyage, des univers très éclectiques suivant les artistes et les courants. Elle peut être très festive comme introspective, voire mélancolique. Elle se nourrit de tellement d’influences que tu peux toujours trouver un genre qui te convient.
Malgré plus de trente ans d’existence, elle reste résolument avant-gardiste, et plaît aussi bien aux jeunes générations qu’aux plus anciennes.
Pour moi, c’est avant tout le partage qui définit cette musique, un voyage que l’on fait ensemble.

Quels sont tes tracks du moment ?

André Crom – Ready 2 Jack (Wex 10 Remix)

Hidden Empire – Siam

Axel Karakasis – Sparks

Stomp Boxx – Neon

Ike Dusk – Evolve

Et mon LP de chevet, « Asteroid » d’Emmanuel Top, pour moi l’un des meilleurs albums jamais produits.

Tu animes un podcast chez Mixaradio tous les vendredis à 19 h, comment se déroule ton show ? Tu t’entends bien avec le reste de l’équipe ?

Effectivement, il y a plus de deux ans maintenant, j’ai eu l’opportunité d’intégrer le staff de Mixaradio grâce à un ami d’enfance. La radio étant basée dans le Nord de la France, je prépare mon mix à l’avance, et il est intégré à la programmation du vendredi. En amont, je sélectionne les titres que j’ai envie de faire connaître. Ce qui me prends pas mal de temps, car j’essaie de faire en sorte, autant que possible, de ne pas mixer deux fois le même morceau. Xavier Lenfant, le directeur de la radio, me fait entièrement confiance ; je suis libre de jouer ce que je veux, rien ne m’est imposé, ce qui est vraiment appréciable.

C’est une équipe de passionnés dans laquelle tout les styles sont représentés, que tu aimes la trance, la tech house, la techno ou tout autre style.

D’ailleurs, cette radio est composée de trois stations distinctes : une généraliste, une autre orientée house, nu disco, la dernière, Electro Paradise, étant celle sur laquelle je passe tous les vendredis.

Tu faisais partie du collectif Bass Addict, qu’est-ce que cette expérience t’a apporté ?

Je faisais déjà partie d’une association, dont tu connais bien l’ancien président (Anthony Beauchet, directeur artistique chez High Potential, ndlr), mais qui a été contrainte de mettre la clef sous la porte. Avant la fin de l’aventure, Seb, DJ orienté drum n’ bass, nous a rejoint. On a immédiatement sympathisé ; c’est grâce à lui que j’ai découvert ce courant et ses dérivés, et à l’inverse je pense lui avoir fait découvrir mon univers.

Lorsque l’asso a définitivement arrêté son activité, Seb a eu envie de monter la sienne, avec quelques potes. Il m’a demandé si je voulais en faire partie et c’est bien volontiers que j’ai accepté. Bass Addict était plutôt orientée drum, mais Seb tenait à ce que j’y apporte une touche techno.

Ce fût une expérience vraiment intéressante sur plusieurs points. Le but était de proposer régulièrement des soirées, que ce soit en intérieur ou en pleine nature. Monter un projet de A à Z, trouver le lieu, le matériel, les artistes, avoir toutes les autorisations nécessaires, c’est un gros travail en amont.

Travailler avec des gens venant d’un univers différent du mien n’était pas forcément gagné, nous n’avions pas tout le temps la même vision du projet ou des difficultés à surmonter. Finalement cela s’est très bien passé, et le collectif a pu monter d’excellentes soirées, notamment dans quelques endroits insolites.

Mais des problèmes d’égo ont fini par faire surface ; sans rentrer dans les détails, Seb a fini par quitter l’association, qui s’est orientée exclusivement drum, jungle, etc… Sentant que je n’avais plus ma place, j’ai mis fin à notre collaboration. Je garde quand même un excellent souvenir de cette période, et Seb reste un ami.

Quel est ton meilleur souvenir sur scène ? Le pire ?

Difficile de choisir le meilleur souvenir car il y en a eu beaucoup, mais le plus marquant est sans aucun doute une soirée parisienne pour l’anniversaire du label d’un de mes potes. C’était il y a quelques années et cela se passait sur la péniche Concorde Atlantique.
J’ai eu la chance de passer la nuit sur la scène où jouaient Josh Wink et Hardfloor à l’occasion de cet anniversaire. C’était incroyable de se retrouver à côté de ces mecs dont je kiffais les productions. Des gens simples, malgré leur notoriété, avec qui j’ai pu échanger et boire quelques verres ! Cela reste pour moi un moment privilégié, unique.

Je ne me souviens pas avoir eu de soirées vraiment galères, même si parfois certaines ne sont pas parmi mes meilleurs souvenirs, du genre être déprogrammé à peine deux heures avant ton set, quand on te demande de pas jouer trop « lourd », ou quand on renégocie ton cachet en plein mix…
J’ai même eu droit une fois à : « ne touche pas au Jog de la CDJ, il fait sauter les morceaux ! » (Sur les platines numériques, le Jog est la « reproduction » d’une platine vinyle, et sert à avancer et reculer dans le temps pour caler et synchroniser ses tracks, ndlr)
Mais dans l’ensemble, ça se passe toujours plutôt bien. Peut-être que la pire reste à venir !…

« Les vrais DJ mixent uniquement sur vinyle » : vrai ou faux ?

Je trouve que c’est un faux débat. Les vrais DJ mixent, un point c’est tout. Que ce soit sur vinyle, CD, ordinateurs ou contrôleurs. La technologie a permis d’apporter beaucoup de créativité dans le DJing, de permettre à la plupart de se lancer dans le mix. Même si il y a ses effets pervers : n’importe qui peut avoir un PC, un logiciel de mixage, et se dire DJ. La question pour moi serait plutôt « qu’est-ce qu’un vrai DJ » ? Je suis, pour ma part, loin des mecs qui balancent deux morceaux au hasard en levant les bras en l’air !

Je crois que le plus important, c’est la construction de ton mix, l’univers que tu veux faire découvrir au public, l’envie que tu as de leur faire partager ta passion.
J’ai une approche plutôt épurée lors de mes sets ; j’aime que le morceau ait le temps de s’installer, que tu puisses t’en imprégner, l’apprécier. Inutile pour les artistes de faire des morceaux de 7 ou 8 minutes si au bout de 3 tu passes à autre chose.
Je mixe simplement, les tracks se suffisent à elles-même, pas besoin de les gaver d’effets qui dénaturent leur esprit originel. Je suis plutôt old school à ce niveau là.

A l’heure actuelle, beaucoup de DJ émergents ont du mal à jouer et se faire respecter en tant qu’artiste, car ils ne sont pas pris au sérieux par les organisateurs. Qu’en penses-tu ?

Je suis plutôt d’accord, mais c’est devenu un tel business que les organisateurs ont tendance à ne plus prendre de risques et à offrir ce qui marche.
Et ça renvoie aussi à ce que je disais plus haut, le fait que tout le monde maintenant peut se dire DJ grâce aux outils actuels. Difficile dans ce contexte de sortir du lot.
Tu as même parfois l’impression qu’il va falloir que tu mettes la main à la poche pour pouvoir jouer… Et ce système profite à quelques organisateurs peu scrupuleux. Heureusement, tous ne sont pas dans ce cas !

Si j’avais un conseil à donner aux jeunes artistes, ce serait de continuer à faire ce qui les passionne, même si ils ont du mal à jouer ou à être respecté. Les réseaux sociaux permettent maintenant de se faire connaître assez facilement, chose qui était impossible il n’y a pas si longtemps. Tu peux diffuser tes mixes, faire écouter tes morceaux, toucher une audience assez importante. Le bouche à oreille fonctionne toujours, cela suffit parfois à se faire des contacts. Cela demande de la patience, mais il ne faut pas se décourager. Si tu es bon, ou que tu as un certain talent, cela finit toujours par payer.

Tu vas mixer au BarBar Pub le 27 décembre. Pourquoi doit-on absolument venir te voir ?

Si tu veux voir à quoi je ressemble, déjà tu n’as pas le choix (rires) ! Je me fais discret et je préfère mettre en avant la musique plutôt que ma tête, notamment sur les réseaux sociaux. J’ai très peu l’occasion de jouer en live, car mon activité professionnelle me prend beaucoup de temps : tu vois, moi aussi on peut me considérer aussi comme DJ émergent, haha !

Mais si tu aimes bouger, si tu as envie de découvrir ma passion, mon univers et de supporter les DJ locaux, je t’invite à venir passer un bon moment. D’ailleurs, je ne serais pas seul mais accompagné par l’excellent DJ Dake.

Les endroits dans lesquels tu peux écouter de la techno se faisant rares, ce serait dommage de ne pas profiter de cette soirée au BarBar Pub qui nous a gentiment ouvert ses portes.

Quels sont tes prochains projets ?

J’aimerais me mettre à la production, si j’arrive à trouver le temps nécessaire. A ce propos, étant plutôt novice, les conseils de tes lecteurs ou de mes contacts seraient les bienvenus !
J’aimerais aussi pouvoir jouer plus souvent, mais là, c’est plus une question d’organisation et de booking.

Le mot de la fin ?
J’espère ne pas avoir été trop long, haha !

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