LeChat

Originaire des Hautes-Alpes, LeChat sort ses griffes pour High Potential et nous dévoile son univers, entre électro lyrique et rap mélancolique, qui se dit « auteur-compositeur » avant tout. Rencontre féline avec Yoann, un artiste qui n’a pas la langue (de chat) dans sa poche.

Quand on évoque le nom « LeChat », on pense tout de suite à quelque chose de mignon et sirupeux. Pourtant, tes textes sont loin de l’être ! Pourquoi cette dualité entre ton nom et l’univers que tu proposes ?

Ce blaze m’évoque plus le comportement de l’animal, qui est proche du mien. Le chat est indépendant, un peu solitaire, mais en même temps domestique. Il a gardé un côté sauvage, mais aussi un contact avec les humains, j’aime bien ce côté entre-deux, les paradoxes et les contradictions sont une bonne définition de l’être humain je trouve.
Le caractère à la fois affectueux et je-m’en-foutiste du chat est classe aussi. Pour ce qui est de mon univers, c’est vrai que j’ai plutôt tendance à écrire des textes assez graves au sens où ça sent souvent le spleen, la mélancolie où ma vision du monde n’est pas très optimiste. Bon, pas que, parce que j’ai des lyrics plus légers aussi, mais les thèmes qui me donnent envie de prendre la plume ne sont pas forcément drôle : le temps qui passe, la façon dont on gère notre environnement, la mort inéluctable et essentielle pour se sentir vivant, le système dans lequel on vit… Très peu de choses très personnelles, je veux dire peu d’éléments autobiographiques, mais une façon d’écrire qui m’est propre avec le but de parler au plus grand nombre. Et il y a des chansons plus « fraîches », voire humoristiques, dans lesquelles je mets en scène un personnage ou un univers, une thématique, une situation.

En t’écoutant, je pense aux bordelais d’Odezenne, avec des productions très orientés vers l’électro, et un timbre de voix presque similaire. Ils étaient l’une des tes influences ? Quelles sont-elles, justement ?

Ouais,  c’est sûr qu’il y a un cousinage artistique ! C’est un projet que j’écoute encore, comme d’autres bien différents. Niveau influences, elles sont vraiment très larges, tant dans les styles que les pratiques. En musique, si c’est en français, j’attache beaucoup d’importance au texte, pour moi c’est le cœur de la chanson. Au-delà du texte, n’importe quel style peut me faire vibrer suivant l’humeur, je suis une vraie éponge à ce niveau. Je peux passer du gros stoner rock à du classique, et puis me dire que finalement j’ai envie d’écouter du fado… Je suis sur d’autre projets musicaux, dont un rock où je fais guitare et chant, là c’est plus l’énergie sauvage de la disto qui me prend.
Si je dois lister quelques influences en vrac : Noir Désir, Stromae, Die Antwoord, Lomepal, Nekfeu, Hippocampe Fou, Svinkels, ou encore Brel feraient un beau panier garni.
J’aime aussi l’univers du graphisme que je pratique avec les esthétiques du street art, du tatouage, de la BD et de l’affiche.

J’ai cru comprendre que tu travaillais dans le milieu du théâtre également. Être entouré de comédiens, cela t’inspire pour tes textes ?

Ouais, ça c’est nouveau. Je travaille avec Nicolas Bonato sur le spectacle Garouflo (un spectacle conté pour le jeune public). J’ai réalisé l’habillage sonore du spectacle et je fais la régie son et lumière lors des représentations. C’est encore frais, je n’ai pas analysé le truc, mais ce qui est sûr, c’est que plus tu es entouré d’artistes, plus ta créativité bouillonne. Si ça ne m’inspire pas directement sur des textes pour le projet LeChat, ça me donne carrément des envies d’écrire pour du conte, peut-être du théâtre, à voir… Mais ça cogite !

Tu te définis comme « auteur-compositeur-interprète » (ACI), et non comme « rappeur ». Quelle est la différence entre les deux pour toi ?

Je suis ACI parce que je fais moi-même la production musicale, j’écris mes textes et les interprète. Le rappeur par définition rappe, et donc écrit ses textes et les interprète, pas plus. Et puis dire ACI sans forcément préciser tout de suite « je fais du rap », ça fait sortir le projet quand j’en parle dans le simple cadre du rap français, qui regroupe beaucoup de styles différents, sur le fond comme sur la forme et qui véhicule aussi des préjugés et des clichés.

Tu vas jouer avec DJ Kris10 le 12 février au BarBar Pub, ainsi que Crashpad, qui est ton DJ de scène. Comment travaillez-vous ensemble ?

Crashpad est mon DJ sur les lives, mais son engagement sur le projet va un peu au-delà. Il fait un travail sur chaque prod pour équilibrer un peu mes mix, on voit ensemble comment homogénéiser le son du set au complet, que ce soit cohérent sur tout un concert. Ensuite, on répète ensemble, et Crashpad assure là aussi d’autres tâches. Il sait scratcher, donc je laisse des parties scratchs sur les instrus dans ma façon de composer les morceaux. Pour l’interprétation, Crashpad est également backer, et je lui laisse des phrases à dire seul, ou avec moi, ou des backs pour appuyer le lead.
Dj Kris10 qui nous accompagne proposera un DJ set au BarBar Pub, en plus de nous. Très actif en PACA, il est également producteur et nous avons collaboré sur des projets ensemble. DJ Kris10, ce qu’il aime, c’est la bonne grosse bass music, don ça va guincher sévère, je pense !

Des projets d’albums en perspective ?

J’ai commencé le studio en 2018 pour un projet. Je ne sais pas encore si ce sera un album, un EP… Bon, ce sera un disque, quoi ! Il présentera justement des chansons assez sombres et électro ou downtempo. Il porte déjà un nom, Des couloirs encombrés, et je suis heureux d’avoir pu utiliser une photo d’un artiste que j’aime beaucoup : Gabriel Saule (Mute Wittness pour les photos et Abraxxxas pour le son). J’espère pouvoir sortir le bazar en 2019 par le biais d’un financement participatif. Avec mon autre groupe électro- hip-hop JETSET FUCKER, on va également sortir un mini projet en free download sur internet : 3 tracks, un visuel, une sorte de single numérique, courant février.

Qu’est-ce que tu écoutes en ce moment ?

Mon appartement vide et l’hélicoptère dehors. J’ai même éteint France Inter !

Comment trouves-tu la scène hip-hop actuelle ? Tu te retrouves là-dedans ?

Moi, dès que ça parle de faire du pognon, dès qu’on s’imagine être un autre en passant pour un gangsta, que c’est trop cliché, ça dégage. Quand il y a de l’autotune et/ou du vocoder, ça dégage. La trap, je m’y suis mis un peu récemment. Mais comme dans tous les styles, il y a beaucoup de trucs nazes, donc faut chercher pour trouver, vu l’offre qu’il y a. Je vis un peu éloigné de toute cette scène hip-hop, justement. Je suis à la campagne, j’ai pas du tout un mode de vie citadin, donc c’est vrai que je ne me retrouve pas forcément dans ce qui se passe actuellement. La street, moi je la connais pas, c’est pas mon aire de jeu. Par contre, j’ai des choses à dire et je pense pas avoir un projet qui s’adresse réellement aux aficionados purs du hip-hop. Je considère LeChat comme un projet rap qui peut parler à des gens qui n’écoutent pas de rap.

Donne-nous une bonne raison de venir te voir au BarBar Pub le 12 février.

Venez, j’aimerais savoir si les savoyards sont aussi chauds que les hauts-alpins, on comparera nos génépis !

Quels sont tes futurs projets ?

Un duo de reprises guitare, piano et voix, vivre de la scène, et écrire, écrire, écrire…

Le mot de la fin ?

Bon appétit ?

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