Étiquette : Programmation

DJ Kris10

Touche-à-tout et toujours en soif de nouveaux projets originaux (avec des groupes de rock ou de musique traditionnelle notamment), DJ Kris10 aime parler de sa passion pour la musique et le DJing. Entre deux dates avec son ami DJ Twelve, il a réussi à trouver quelques minutes pour répondre à nos questions avant sa venue au BarBar Pub le 12 février.

De la musique électronique au reggae, en passant par le métal, tes influences musicales sont très variées ! Était-ce compliqué de définir ton univers artistique lorsqu’on vient de plusieurs milieux différents ?

Dans l’ensemble, les choses se sont faites assez naturellement. Dès mes débuts en tant que DJ, j’ai eu l’habitude de mélanger les styles parce que je faisais des sets assez long, et c’était bien de pouvoir passer du reggae au hip-hop, ou de mettre quelques titres plus électro pour avoir une soirée aux sonorités variées. Puis au début des années 2000, j’ai commencé à faire beaucoup de dates avec un ami DJ (Mcfly, un de plus) ! De son côté, il avait déjà une solide culture en drum & bass, jungle, breakbeat… On faisait des sets à quatre platines, et au commencement, j’essayais juste de scratcher sur sa sélection, mais rapidement je me suis mis à en acheter aussi ! Et le dubstep est arrivé dans la foulée. Ces styles ont souvent des sources d’inspiration assez proches, qui viennent justement du hip hop ou du reggae, de l’amour des grosses basses et des MCs. Alors il y a toujours eu un fil conducteur, un lien qui rendait nos sets cohérents malgré la diversité affichée. Juste par rapport au métal, je n’en inclus pas dans mes sets, mais j’ai toujours trouvé qu’il y avait pas mal de points communs avec le dubstep, pour le côté heavy, les rythmiques très élaborées et la lenteur.

Donc aujourd’hui, je n’ai jamais senti en soirée que le public avait du mal à me cerner, car les gens qui sont réceptifs au dub peuvent aussi l’être à la drum & bass par exemple. De toute façon, tout est possible, ça dépend de la façon dont tu amènes les choses ! C’est plus vis-à-vis des programmateurs qu’il faut que je sois vigilant, et bien préciser ce que je fais et ce que je ne fais pas. Beaucoup de gens pensent encore que le DJ est une sorte de jukebox qui va avoir toutes les daubes qui sont censées faire danser les gens. Donc j’essaie de bien choisir les lieux où je pose mes platines, sinon je peux parfois vivre de grands moments de solitude !

Revenons à tes premiers projets, Fat System et Jin Sin pour le métal, puis Blast 74 ou Spank Your Brain pour l’électro. Présente-nous un peu tous ces projets, et dis-nous comment ils t’ont aidé à te construire artistiquement.

Dès l’adolescence j’ai joué de la guitare dans un groupe de rock alternatif, et j’ai adoré la scène, le travail du son, mettre en place des morceaux…
Pour Fat System et Jin Sin, c’était mes premières expériences en tant que DJ au sein d’un groupe. Donc très intéressant, bien sûr, car l’approche des scratches était différente, les parties plus réfléchies et écrites que pendant un DJ set, où il y a un côté freestyle plus évident. Avec Blast 74 ou Spank Your Brain, deux duos tournés vers les musiques électroniques, la nouveauté a été de me mettre à la MAO. J’aimais déjà beaucoup le travail du son, j’avais eu une petite expérience en studio où je ne faisais que de la prise de son et du mixage, mais sans avoir jamais touché à un clavier MIDI et un instrument virtuel. Avec Blast 74, on faisait une sorte d’électro un peu trip-hop, parfois dub ou breakbeat. Je m’occupais de la guitare et des scratches, et mon pote Majordav des parties machines, avec un petit synthé, un sampler et une MPC au début, puis avec Ableton Live par la suite. Comme je voulais intervenir sur les arrangements, les sons, il fallait que je me penche sérieusement sur la production numérique, et j’ai donc commencé avec Reason. Un logiciel que je n’ai plus aujourd’hui mais qui reste le premier que j’ai utilisé pour produire de la musique avec un ordinateur. Ce fut un tournant ! Avec Spank Your Brain, j’ai franchi une étape supplémentaire car dans ce duo il y avait un batteur, et moi pour les parties électro et les scratches. Même si le batteur (Manu Lamic) participait aussi à la créations des morceaux, pas seulement au niveau de la batterie, j’ai passé pas mal de temps devant l’ordinateur, à la fois pour créer, mais aussi pour essayer de faire un mixage correct et trouver la meilleure façon de jouer les morceaux en live. Je ne voulais surtout pas faire juste ‘start’ au début et ‘stop’ à la fin du morceau, et j’avais envie que le public puisse comprendre ce que je faisais en live, sur quoi j’intervenais quand je touchais mes contrôleurs MIDI. On jouait du gros son électro rock, parfois drum & dass, un peu dubstep et même techno. C’est le projet qui a synthétisé toutes mes expériences et influences musicales, une sorte de bilan de 20 ans d’évolution. Aujourd’hui, j’ai envie et besoin de produire seul, même si je ne suis pas encore très assidu ! Mais c’est vraiment ce que je souhaite le plus, faire des morceaux pour les jouer en soirée en tant que DJ, et peut-être même un jour faire un live qui illustrerait mon parcours. De toute façon, à un moment, pour qu’un DJ soit un peu identifié, il faut qu’il sorte des titres. Donc j’essaie d’en faire une priorité.

Tu tournes beaucoup en DJ Set, mais tu fais également parti d’un groupe, TRIP, où tu t’occupes des scratches et de la programmation des éléments électro. Quelles est la différence entre les deux formats, en quoi sont-ils complémentaires ?

TRIP, c’est dans la continuité de ce que j’ai pu faire ces dix dernières années, par rapport au fait d’apporter dans un projet les sonorités que j’affectionne dans mes sets. La différence par rapport au travail de DJ, c’est de réussir à faire entrer une partie de mon univers dans un groupe de 7 musiciens ! Et pas n’importe quels musiciens, puisque le principe de TRIP, c’est le mélange entre musiques dites actuelles, et purement traditionnelles. On a donc batterie, basse, vielle à roue, accordéon diatonique, violon et instruments à vents (cornemuse, hautbois, flûtes…) C’est un super challenge, et à la fois, les musiciens trad modernisent aussi leurs instruments avec des pédales d’effets. Résultat plus que probant ! On a un set qui tient bien la route, mais c’est un peu dur de se voir régulièrement car nous sommes répartis entre l’Ardèche, les Hautes-Alpes, et le nord de l’Italie (Suze, Turin et Aoste). Et faire tourner un groupe de sept musiciens plus un ingénieur du son, c’est pas évident non plus financièrement, bien sûr !

Tu as aussi une émission de radio mensuelle sur la R.A.M. Radio Libre, intitulée « L’Heure des Graves ». Comment se passe ton show ? Quelles est l’ambiance au sein de la radio et avec les artistes que tu invites ?

La R.A.M. (anciennement Radio Alpine Meilleure), c’est l’une des plus ancienne radios libres de France sur la bande FM, qui a vu le jour au début des années 80. Elle a su résister en restant une radio associative, quand énormément d’autres stations ont disparu, et est bien implantée dans les Hautes-Alpes. La radio a même réussi à augmenter sa zone de couverture ces dernières années, ce qui n’est pas évident en zone montagneuse. Mais évidemment tout le monde peut y avoir accès par internet.
Ce que j’apprécie particulièrement par rapport à mon émission, c’est la liberté artistique totale, la possibilité de proposer des sélections sous différents formats. Parfois je propose des sets d’une heure consacrés à un seul genre musical, ou plusieurs mini sets de différents styles. Et parfois j’ai des invités qui me racontent leur parcours, qui mixent ou proposent une sélection… J’ai lancé L’Heure Des Graves en septembre 2018, c’est une mensuelle d’une heure, mais je reprends l’esprit de Volumes!, une émission que j’animais déjà sur la R.A.M. il y a quatre ou cinq ans. Je dois avouer qu’il y a un côté très pratique avec L’Heure Des Graves, car je peux la préparer et l’enregistrer chez moi. Pour des raisons de transport de platines, de soirées éventuelles, de vie de famille, c’est bien que je puisse être autonome à la maison. Même si du coup ce n’est pas du direct, et que je ne croise pas souvent l’équipe qui fait vivre la radio.

Pour les invités, ce n’est pas systématique et pour l’instant, je n’ai fait que six émissions depuis septembre. Mais le premier à avoir participé, c’est DJ Twelve. Il jouait avec Led Piperz dans un bar d’Embrun, pas loin de chez moi. Comme le travail de Twelve au sein d’High Tone a eu une grosse influence dans ma vie de musicien, je l’ai contacté pour savoir si on pouvait faire une petite interview, et s’il avait un mix à me proposer. On a donc fait la rencontre en terrasse, à la cool, et il m’a donné un mix de 45 minutes. Dans la foulée, il a accepté de faire quelques dates avec moi dans les Hautes-Alpes, à quatre platines, en back2back de trois ou quatre heures par set. On a donc pu prolonger cette rencontre derrière les platines, et à la maison avec ma petite famille, c’était parfait à la fois musicalement et humainement !

En janvier, j’ai invité Kara’Basse Sound System, car ce sont des activistes locaux dans le reggae et le dub, et j’ai envie de mettre en avant les artistes du coin qui sont proches des cultures que j’affectionne. Je suis allé chez eux, à Briançon, pour enregistrer l’émission. On a alterné discussion et sélection. On se connaissait avant, j’avais déjà joué sur leur sound system, et je souhaitais cette ambiance « discussion autour d’une bière ». Tout en faisant un peu de pédagogie, car il faut garder à l’esprit que la majorité des auditeurs de la R.A.M. sont novices en culture sound system. C’est une radio associative et multiculturelle, au sens large !

Tu joues aux côtés de LeChat le 12 février au BarBar Pub. Quel lien avez- vous tous les deux ?

On s’est rencontré sur un projet qu’il avait monté en 2015 je crois. Il avait proposé à des producteurs du nord des Hautes-Alpes de faire chacun une prod dans son style propre, et lui devait poser sa voix dessus, que ce soit hip-hop ou pas. Et l’année suivante, il a remis ça avec Ménage À Trois, à peu près le même concept mais en invitant en plus un MC différent sur chaque titre, d’où le ménage à trois, 2 MCs et un producteur. C’était bien sympa de bosser ensemble, mais comme LeChat a plusieurs vies, on s’est aussi croisé plein de fois avec son groupe de rap Jetset Fucker, pour qui j’ai déjà ouvert et clôturé des soirées. Je leur ai aussi fait le son sur un ou deux concerts. Et LeChat nous avait programmé avec Spank Your Brain aux Artgricoles, un petit festival dont il s’occupe. Bref, on se voit souvent, il sait ce que je fais en tant que DJ, et comme il cherchait quelqu’un pour l’accompagner au BarBar afin d’ouvrir et terminer la soirée, me voilà !

Le mois de janvier a été particulièrement prolifique, en jouant avec DJ Twelve (High Tone) dans les Hautes-Alpes à Serre Chevalier, aux Orres ou encore à l’affiche de l’Outdoormix Festival Winter à Vars. Travailler avec des artistes de tous horizons est indispensable, pour toi ?

Par rapport au côté rural de l’endroit où je vie, et du fait que je ne m’exporte pas beaucoup, c’est super important pour moi d’échanger avec d’autres artistes, le plus possible. Il me semble que c’est indispensable pour avancer, progresser. Je regrette de ne pas être plus souvent dans une émulation positive au quotidien, à côtoyer régulièrement des musiciens qui te tirent vers le haut, qui cassent tes certitudes, qui peuvent faire évoluer tes méthodes de travail pour te permettre de gagner du temps par la suite, par exemple dans le cadre de la production. Je sais aussi que c’est à moi de m’organiser pour créer ces rencontres, ce que j’ai fait avec Twelve justement. Mais il est venu jouer à 20 minutes de chez moi, ça aide ! Et dans ce registre de l’échange, j’aime aussi apporter mon expérience à des gens qui découvrent la MAO ou le deejaying. J’ai déjà participé à des colonies de vacances à thème, avec des ados, où pendant une semaine on faisait cinq heures de musique par jour. Super expérience…

Les artistes émergents ont souvent du mal à sortir la tête de l’eau dans une industrie musicale qui glorifie toujours plus le star system. Quels conseils donnerais-tu à un.e artiste qui débuterait ?

Déjà, il faut bien faire la différence entre réussir à vivre de sa musique et être une star. C’est pas le même état d’esprit à la base ! On peut vivre de sa passion sans pour autant avoir des millions d’écoutes ou de vues sur YouTube, même si ça peut aider bien sûr ! Pour des artistes vraiment débutants, j’aurais envie de dire qu’il faut bien peaufiner son projet avant de démarcher. Écouter les critiques et s’en servir pour améliorer la qualité des compos, ne pas s’arrêter aux encouragements de quelques proches qui vont te dire que ce que tu fais ça déchire, mais toujours essayer d’améliorer ce qui peut l’être en veillant à garder en tête où l’on veut aller. S’éloigner de ce qu’on aime vraiment faire, ça mettrait sa passion au niveau d’un taf ordinaire, qu’on fait parce qu’il faut bien gagner sa vie. Dans ce cas, autant faire quelque chose de plus simple et moins prenant. Car c’est quand même du travail, des doutes, des hauts et des bas, c’est chronophage, mais ça en vaut la peine.

Par rapport à l’industrie musicale, il y a aujourd’hui tellement de possibilités pour distribuer sa musique, en passant par des circuits plus indépendants que des majors, ça a changé la donne pour se faire entendre. Mais évidemment, le nombre d’artistes qui poste du son sur internet a explosé. Alors pour sortir du lot, le plus important à mon avis, c’est de faire beaucoup de dates. Dans l’idéal, un artiste qui propose quelque chose de qualité et qui a un bon tourneur a déjà bien avancé dans sa vie de musicien !

Ton dernier coup de cœur artistique ?

Mon coup de cœur n’est pas représentatif de ce que je fais en soirée, mais musicalement je trouve ça excellent, à écouter en toute circonstance. Il s’agit d’Astronaut Alchemists, de Youth & Gaudi, album paru en novembre dernier sur le label Liquid Sound Design. Ambiance chill, dub, une espèce de mélange qui m’a accroché dès la première écoute et je ne m’en lasse pas. C’est très riche, très travaillé, le fruit de beaucoup de sessions de studio entre deux producteurs qui ont de solides parcours individuels, le tout étalé sur 2 ans. Une grande réussite à découvrir absolument.

Donne-nous une bonne raison de venir te voir au BarBar Pub le 12/02.

Je pense que la soirée va être variée, et comme je vais jouer avant et après le set de LeChat, je vais certainement proposer deux facettes très différentes. Le truc que j’aime, c’est faire bouger les gens avec du gros son, que le public soit pointu ou pas dans les registres que je propose. J’ai parfois l’impression de démocratiser la drum & bass ou le dubstep, quand en fin de soirée on me dit : « D’habitude je n’écoute pas ces styles, et pourtant ce soir je me suis régalé ! » Alors venez et vous me direz…

Quels sont tes futurs projets ?

Il faut que je fasse le nécessaire pour aller jouer un peu plus loin que dans mon périmètre habituel, et que je finisse deux ou trois morceaux histoire d’avoir un peu plus de matière à faire écouter. J’ai pas mal bossé sur différents projets collectifs, mais c’est vraiment le moment de faire des trucs plus personnels, sinon je vais m’enterrer !

Le mot de la fin ?

Qui veut être mon tourneur ?! (rires)

Retrouvez DJ Kris10 sur :